Histoires BDSM13 juin 2026

GYNARCHIKA

Claude rencontre par hasard Maîtresse Amélia, infirmière de nuit et experte en conditionnement gynarchique. Ce qui commence par une carte de visite glissée dans la paume va l'entraîner bien au-delà de tout ce qu'il imaginait.

I. Le rendez-vous

Enfin, j'y suis ! … Voilà des jours que j'hésite, trouvant toujours des excuses bidon pour remettre les choses à plus tard. Je m'avance dans le couloir.

Avant d'aller plus loin, laissez-moi me présenter. Je m'appelle Claude et je suis seul, séparé. C'est ma faute. Je n'ai pas su me mettre au niveau de celle que j'aimais — et que j'aime encore — mais elle est partie. Je l'ai écœurée avec mes remarques misogynes, entraîné par des potes dans une posture de mâle dominant que je ne reconnais plus. Je ne l'ai jamais ni injuriée ni frappée ; la violence envers les femmes me glace le sang. Au fond de moi, j'étais admiratif : enfants, maison, commerce florissant, elle gérait tout. Quand elle m'a quitté en emmenant les enfants, j'ai compris ma méprise et viré mes copains. Mes efforts pour me faire pardonner sont restés vains. Je suis un misérable.

Il y a quelques semaines, je me suis blessé au travail. Aux urgences, j'ai été soigné par une infirmière de nuit qui venait de prendre son service. Tout en moi a été hypnotisé par son aplomb : une voix enchanteresse et ferme, une dextérité parfaite. Elle me questionnait sur mon accident, et sans m'en rendre compte je lui ai raconté ma vie : ma solitude, mes erreurs, mon désir de me racheter envers les femmes. Je lui ai dit que, si c'était possible, je me soumettrais — qu'il était évident que les femmes devaient être aux commandes, et que s'il existait un pays gouverné uniquement par des femmes, je demanderais à y vivre.

À ma surprise, l'infirmière m'a souri et m'a glissé une carte de visite dans la main. J'ai lu : « Maîtresse Amélia, experte en conditionnement gynarchique ». Je suis resté dubitatif. Elle s'est éloignée. De retour chez moi, j'ai cherché le mot dans le dictionnaire ; sa définition m'a surpris. La nuit, je me suis réveillé — non à cause de mon bras, mais du souvenir de son sourire. J'ai pleuré.

Les jours suivants, je posais régulièrement les yeux sur la carte sans savoir y répondre. Puis un matin, après une nuit agitée, j'ai composé le numéro. Petit déception : un répondeur. J'ai bafouillé quelques mots et raccroché en regrettant. Quelques minutes plus tard, un message tombait sur mon portable : « Bonjour Claude. Si vous êtes intéressé, nous pouvons vous recevoir pour un entretien le soir à 18h00 au 69, rue de la Tentation. » La veille, j'avais lu dans un journal cette phrase : L'indécis restera toujours dans son ignorance. J'ai répondu pour ce vendredi. La réponse est tombée : « Bonjour Claude, nous t'attendons … sois ponctuel. »

Toute la journée, mes pensées ont été tournées vers le rendez-vous et l'ordre d'arriver à l'heure. En sortant du travail, je suis rentré me doucher et me rendre à l'adresse. Qui est Maîtresse Amélia ? Je réalise que je n'y ai pas vraiment réfléchi. Le quartier est un pôle d'affaires ; l'immeuble porte une enseigne inconnue. Je relis le message : c'est ici, et il est l'heure.

J'entre. Tableau d'interphone, deux noms. L'un porte les initiales M.A., cabinet G. Je sonne. Une voix m'interpelle : « Oui … c'est pourquoi ? » — Bonjour … j'ai rendez-vous. — Et vous êtes ? — Claude M. — Au bout du couloir, la salle d'attente. Le claquet de la porte se débloque avant que je puisse remercier.

La salle d'attente est sans fenêtre, éclairée d'un néon, deux chaises, une table basse couverte de magazines féminins. Une femme entre, blouse blanche, parfaitement coiffée et maquillée, escarpins. « Claude M. — Oui. — Voici le formulaire. Vos réponses doivent être précises. Je repasse dans 10 minutes. N'omettez aucune question. — Mais … — Répondez ! — Euh … oui Madame. »

Le questionnaire est orienté : Quels services as-tu rendus récemment à une dame ? Quand as-tu répondu aux désirs d'une femme et l'as-tu honorée ? As-tu fait de la peine à une femme récemment ? Es-tu prêt à expier tes fautes ? La fin demande mes coordonnées complètes — situation sociale, numéro de sécurité sociale, compte en banque. En relevant la tête, je remarque une petite bulle au plafond : une caméra.

La porte s'ouvre. « Il est temps. Remettez-moi le formulaire. » — Oui … le voici. — Bien. Vous pouvez rentrer chez vous. Soyez de retour demain à 13h00 précise pour votre examen médical. — Pardon ? — Vous avez compris. Ne me faites pas répéter. — Euh … oui Madame.

Une fois sorti, une colère sourde me prend : j'ai l'impression d'être mené en bateau. Je me dis que je ferais mieux de tout laisser tomber. C'est ma résolution. La nuit venue, alors que je dors, mon portable sonne : « Merci pour ta visite. Je te recevrai demain après ton examen médical. M.A. » Les mots captent toutes mes fonctions et le sommeil me fuit. Je repense à la dame en blouse blanche, à sa froideur, à son autorité — et je bande sous les draps. Ma main se referme sur moi comme si elle m'imposait de le faire. J'éjacule sans pouvoir me contrôler.

Pour me calmer, j'allume la télé. L'écran s'allume sur une émission historique : les grandes reines qui ont changé le monde, Élisabeth Ière, Catherine de Russie. Je suis captivé par l'aura de ces souveraines. Je m'imagine au milieu de leur cour : chanceliers, ducs, ecclésiastiques … à genoux au pied de la reine. Comment ces femmes ont-elles réussi à mettre au pas tous ces hommes ?

Je m'endors devant la télé. Quand j'ouvre les yeux, l'écran affiche 9h17. Douche, café, et il faut retourner chez Maîtresse Amélia. Pour l'examen médical … pourquoi un examen médical ? Encore cette lutte en moi. Je ne sais pas si c'est ma volonté qui me conduit. Je crois que c'est le désir de me repentir.

Dans le métro, je tombe sur un journal gratuit. Un film sort : Sœurs d'armes — l'histoire de guerrières kurdes qui combattent Daech. Le sujet m'ébranle. Comment la folie peut-elle être aussi contagieuse ? Je deviens sensible à la moindre allusion qui peut blesser.

Les stations défilent. Je descends et marche jusqu'à l'immeuble. Le quartier est désert en ce début d'après-midi de samedi. Il est juste l'heure de mon rendez-vous.

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