Domination psychologique

L'attente

Elle m'a dit : « Tu m'attendras. » Elle n'a pas dit combien de temps. C'est dans ce silence-là qu'elle m'a possédé.

I. Dix-neuf heures sept

Le message est arrivé à 18h54. Trois mots : « Sois prêt. 19h. »

À 19h, je me suis assis dans le fauteuil qu'elle m'a désigné, la première fois. Dos droit. Mains à plat sur les cuisses. Sans téléphone — il est posé, écran retourné, sur la table de l'entrée.

À 19h07, j'ai compris qu'elle ne viendrait pas tout de suite. Et qu'elle ne m'avait jamais dit qu'elle viendrait à 19h. Elle m'avait dit : sois prêt. Le reste, c'était mon impatience.

À 19h22, j'ai eu envie de regarder l'horloge. Je n'ai pas tourné la tête. Je l'entends, l'horloge, depuis le couloir.

À 19h41, mon dos a commencé à me parler. À 19h58, je n'avais plus de jambes.

À 20h13, la porte d'entrée s'est ouverte. Je n'ai pas bougé. Je l'ai entendue poser ses clés, retirer son manteau, marcher pieds nus jusqu'au seuil du salon. Et s'arrêter.

Elle est restée là, à me regarder, sans rien dire, je ne sais pas combien de temps.

Puis : « Tu vois. Tu sais attendre. »

Et c'est tout. Elle est partie se changer.

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